Deux grandes figures de la mycologie deux-sèvrienne




Pascal Hériveau 16 rue de la République 56930 Plumeliau

Lors de la Session de la Société Mycologique de France organisée dans le Poitou au début du siècle dernier, une cinquantaine de participants s’étaient donnés rendez-vous dans la forêt de Chizé ce 11 octobre 1903. La plupart avaient pris le train à Niort. Arrivés à la gare de Beauvoir-sur-Niort, ils étaient montés dans des voitures à cheval pour rejoindre la forêt. Parmi les mycologues extérieurs à la région, certains jouissaient d’une grande notoriété. Ainsi, René MAIRE et son épouse, les pharmaciens Emile BOUDIER, Paul DUMÉE et Emile PERROT (Secrétaire général de la Société) avaient fait le déplacement. La Société botanique des Deux-Sèvres, co-organisatrice de ces journées, avait délégué son meilleur mycologue, le pharmacien Victor DUPAIN, lequel était accompagné par ses confrères BELLIVIER de Parthenay, SACHÉ de Melle et PÉQUIN de Niort. Une centaine d’espèces furent récoltées ce jour-là, de quoi satisfaire les mycologues, malgré le temps pluvieux.

Alors qu’un peu plus d’un siècle s’est écoulé depuis cette session mycologique, une sortie en forêt de Chizé est de nouveau programmée sous les auspices de la Société Mycologique de France. Belle occasion de rendre hommage à deux grands mycologues locaux, à Victor DUPAIN déjà cité, et à un autre membre de la Société Botanique des Deux-Sèvres, l’abbé Louis GRELET. Bien qu’absent de la session de 1903, ce dernier était un familier de la forêt de Chizé. N’avait-il pas été, de 1897 à 1901, curé des Fosses, petit village en lisière.

Victor DUPAIN (1857-1940)

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Sources : Bull. Soc. Bot. Deux-Sèvres (1906) et Fourré Guy (1985)

Victor DUPAIN naît le 15 septembre 1857 à La Mothe-Saint-Héray, village des Deux-Sèvres. Il passe d’abord sa petite scolarité dans son village natal, avant d’intégrer le collège de Rom. Attiré par la pharmacie, le jeune DUPAIN commence ses études à Poitiers, lesquelles se poursuivent à Paris. Diplômé, il revient s’installer définitivement à La Mothe-Saint-Héray. Dans un environnement préservé, le village de La Mothe-Saint-Héray ne peut que susciter des vocations naturalistes. Comme ses contemporains, Jean-Charles SAUZÉ, Olivier-Jules RICHARD, le professeur de LOYNES, éminents botanistes originaires du même village, DUPAIN se met à étudier les plantes. Lorsque, sous l’impulsion de Baptiste SOUCHÉ, est créée la Société Botanique des Deux-Sèvres en 1888, il est naturel de trouver DUPAIN parmi les membres fondateurs. Mais Victor DUPAIN n’est pas seulement phanérogamiste, les champignons exercent sur lui une telle fascination qu’ils prennent peu à peu une place prééminente. En 1893, il adhère à la Société Mycologique de France. L’année suivante, il publie son premier article dans le bulletin de la Société. DUPAIN a la chance d’être à proximité du bois du Fouilloux, véritable sanctuaire pour les champignons (*). Il y découvre de nombreuses espèces, dont certaines se révèlent inédites, comme Russula seperina. Emile BOUDIER, son mentor, avec René MAIRE, lui dédie plusieurs champignons, dont un magnifique Bolet rouge : Boletus dupainii. En 1906, DUPAIN a le privilège de récolter dans son jardin le très rare Queletia mirabilis. Ses connaissances, de plus en plus affirmées, sont mises à contribution lors des herborisations organisées par la Société botanique des Deux-Sèvres. Il anime ainsi de nombreuses sorties dans les Deux-Sèvres, mais également dans les départements voisins (Vienne, Charente-Maritime, Vendée, Indre). En 1903, DUPAIN est l’un des artisans du succès de la session de la Société Mycologique de France dans le Poitou. Ses qualités seront d’ailleurs reconnues quelques années plus tard lorsqu’il sera désigné à la présidence de la session SMF en Bretagne (1908). Lorsque, en 1915, la Société des Deux-Sèvres perd son président, Baptiste SOUCHÉ, bien peu parient sur son avenir. DUPAIN sera pourtant le principal artisan de son renouveau en 1924. Sous sa présidence, la société reprend sa publication et ses activités, dont de nombreuses sorties mycologiques. DUPAIN reste très actif jusqu’en 1936, puis sa santé décline. Il démissionne de ses responsabilités présidentielles en 1939, remplacé par Louis RALLET. Le 15 février 1940, Victor DUPAIN s’éteint à son domicile. Cet homme, exempt d’ambition, poète à ses heures, bon botaniste, aura marqué de son passage l’histoire de la Société botanique des Deux-Sèvres, devenue sous sa présidence la Société Botanique du Centre-Ouest. Chacun garde de lui l’image d’un brillant mycologue, mais trop modeste pour laisser une volumineuse trace écrite, reflet de ses connaissances.

(*) Ce bois lui inspirera un poème publié dans le Bull. Soc. Bot. Deux-Sèvres 1927

GRELET Louis Joseph (1870-1945)

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Sources : Revue De Mycologie et Fourré G. (1985)

Louis-Joseph GRELET naît à Vallans (Deux-Sèvres) en 1870. Issu d’une famille de viticulteurs, le jeune homme accomplit une brillante scolarité au collège Saint-Hilaire de Niort, puis à Poitiers. Destiné à la prêtrise, mais en même temps passionné par les mathématiques, il oriente ses études vers l’enseignement. GRELET exerce son activité pendant quelques années, successivement dans deux institutions poitevines. En 1895, il est vicaire de St-Jean-Baptiste, à Châtellerault (Vienne). Nommé chef de paroisse, il quitte l’enseignement et rejoint, début 1897, son poste aux Fosses (Deux-Sèvres), à proximité de la forêt de Chizé.

Ce nouvel environnement ne peut que le satisfaire car il peut s’adonner à l’une de ses passions : la botanique. Avec la Société Botanique des Deux-Sèvres (*), dont il est membre depuis 1893, ou en solitaire, il arpente la forêt de Chizé, inventoriant sa richesse phanérogamique.. L’abbé GRELET participe également aux excursions organisées par la Société botanique dans le département des Deux-Sèvres, de la Vienne ou dans les départements limitrophes. Les maigres ressources de son ministère ne l’autorisent pas à s’éloigner beaucoup plus loin. D’après Marcelle LE GAL, sa dernière excursion botanique, hors de sa région, est à Cauteret-Argeles, en 1897. A cette occasion, il avait projeté une classification des plantes alpines, mais celle-ci restera à l’état d’ébauche.

Puis, GRELET peu à peu délaisse la phanérogamie pour une autre discipline naturaliste, la mycologie (**). Précédé, en 1899, par un appel aux mycologues de la Société botanique des Deux-Sèvres, pour apporter leur concours, il publie, en 1900, un Manuel du Mycologue amateur ou les champignons comestibles du Haut-Poitou, petit ouvrage de vulgarisation. Ses déplacements se trouvent réduits lorsqu’il est nommé, en 1901, curé de Savigné, gros bourg de la Vienne. Il oriente alors ses recherches mycologiques vers les Discomycètes, champignons jusqu’alors peu étudiés par les mycologues. En France, BOUDIER est, à cette époque, le spécialiste incontesté de la spécialité. Les deux mycologues entretiennent très vite une abondante correspondance. GRELET lui adresse régulièrement des espèces à déterminer. Lorsque BOUDIER disparaît en 1920, son disciple s’engage à poursuivre l’œuvre du Maître. Pendant près de 13 ans, GRELET publie le résultat de ses recherches. Les Discomycètes de France d’après la Classification de Boudier commencent ainsi à paraître en 1932, dans le Bulletin de la Société Botanique du Centre-Ouest [qui a succédé au Bulletin de la Société Botanique des Deux-Sèvres], avec un fascicule annuel. La seconde guerre mondiale interrompt cette publication. Elle est reprise par la Revue de Mycologie de HEIM, mais à titre posthume, pour s’achever en 1959. 31 fascicules seront ainsi publiés, représentant près de 700 pages.

En dehors de son œuvre majeure, GRELET est l’auteur de travaux pour L’Amateur de Champignons, Le Monde des Plantes et le Bulletin de la Société Mycologique de France. Bien que son premier article, dans cette dernière revue, date de 1900, il ne devient membre de la Société Mycologique qu’en 1912. Il en est le vice-Président en 1927. Hormis BOUDIER, il collabore avec le mycologue toulonnais de CROZALS avec lequel il co-signe des articles sur les Discomycètes. Marcelle LE GAL compte par la suite parmi ses plus fidèles correspondants.

En 1941, l’abbé GRELET est nommé chanoine honoraire par l’évêque de Poitiers, distinction rarement accordée. Il décède quelques années plus tard, le 25 janvier 1945, à l’âge de 75 ans.

D’après l’un de ses biographes et correspondant, Pierre BOUCHET, l’Abbé GRELET avait comme principales qualités, la modestie et la droiture. Il possédait au plus haut point la probité scientifique. Toujours d’après BOUCHET, la valeur scientifique de son travail était d’autant plus remarquable que GRELET ne possédait qu’une petite bibliothèque et un microscope « à bien faible grossissement ».

Son herbier de Discomycètes est déposé au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.

(*) Membre en 1893, il le reste une dizaine d’années, puis, après une éclipse, le redevient en 1913. Pour la phanérogamie, il est guidé semble-t-il dans ses premiers pas par l’abbé DURET à qui il adresse des plantes litigieuses [cf BSBDS 1894]. Il herborise régulièrement, durant les années 93-94 avec l’abbé AURIOUX, professeur au collège de Rom.

(**) D’après Guy FOURRÉ, GRELET ne mangeait jamais de champignons « ... parce que sa bonne s’y opposait absolument de crainte qu’il ne s’empoisonne ».

Bibliographie

.BOUCHET P. -1950- L’Abbé Louis GRELET, 1870-1945. Bull. Union Soc. fr Hist. nat. 3 : 82-83

.FOURRÉ G. -1985- Pièges et curiosités des Champignons. 285p.. (Niort, chez l’auteur).

.FOURRÉ G. -1990- in GODET G. et al. Centenaire de la Société Botanique du Centre-Ouest 1888-1988. Bull. Soc. Bot. Centre-Ouest, nouvelle série, Suppl. au Tome 20 - 1989 : 1-117.

.LE GAL M. -1945- L’Abbé Louis GRELET 1870-1945. Rev. de Mycol. X (5-6) : 65-68.

.LE GAL M. -1946- Louis GRELET (l’Abbé), (1870-1945). Bull. Soc. Myc. Fr. LXII(1-2):103-107

.RALLET L. -1940- Victor DUPAIN (1857-1940). Bull. Soc. Bot. Centre-Ouest, année 1940, 1-4, portraits.


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